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Les enjeux du numérique pour la sortie de l’épidémie de COVID-19

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Surveillance de masse ? Big brother ? Mais aussi Inclusion, Vivre ensemble. Que faire pour que l’utilisation de la technologie pour sortir de la crise du COVID-19 ne soit pas pour le pire, mais pour le meilleur ?

La sortie de crise de la pandémie de COVID-19 nécessitera l’utilisation d’outils numériques de suivi de la population.

En l’absence de vaccin et de traitement disponibles, combattre l’épidémie de COVID-19 passe par une identification et une mise en quarantaine des personnes atteintes.

Le confinement total, actuellement en vigueur en France, permet d’atteindre cet objectif (puisque l’ensemble de la population est en quarantaine) mais a un impact très important sur la vie des personnes et l’économie.

Sortir du confinement global suppose une capacité à identifier les nouveaux cas et à prendre des mesures d’isolement pour eux et les personnes qu’ils ont pu contaminer.

Cette figure présente la stratégie à adopter lorsqu’un nouveau cas de COVID-19 est identifié.

Lorsque l’individu A est diagnostiqué positif au début du jour 2, les mesures à prendre pour ne pas propager la maladie sont : 

  • mise en quarantaine de A qui est malade,
  • mise en quarantaine des 6 personnes avec qui il a été en contact rapproché,
  • action de désinfection des 3 lieux qui ont été visités,
  • mise sous surveillance des 2 personnes qui ont été en contact plus restreint.

Il faut, en fait, être capable de remonter plusieurs jours en arrière pour prendre en compte la durée de contagiosité.

Le COVID-19 a un taux de reproduction de base (R0 qui exprime le nombre de personnes qu’une personnes infectée peut infecter) important. Les individus affectés présentent aussi un risque d’être d’être contagieux pendant une période plus ou moins longue lors de laquelle ils n’ont pas de symptômes. 

En modélisant l’épidémie sur la base de ces facteurs des chercheurs arrivent  à la conclusion que pour que ce confinement ciblé soit efficace et endiguer l’épidémie il faut être capable de réagir très rapidement, en moins de 2 jours lorsqu’un nouveau cas est détecté, pour procéder aux mesures de confinement et de désinfection.

Pour que cela soit possible, il est indispensable de mettre en oeuvre des outils numériques qui, eux seuls, vont permettre d’identifier les personnes et les lieux à  risque et de prendre les mesures dans le délai imparti.

Cette technique est utilisée en Corée du Sud et à Singapour.

Le smartphone et la technologie de “bluetooth ouvert” seront mis en oeuvre.

Pour appliquer la stratégie décrite plus haut, il faut être en mesure de lister les personnes qui ont été en contact avec le cas porteur, à moins de 1 mètre, pendant plus de 15 minutes.

Le GPS qui équipe l’ensemble des smartphones  présente des limites importantes : il ne fonctionne pas en intérieur et sa précision en milieu urbain et en cas de déplacement est assez faible (plusieurs mètres). Du fait de ces limitations, les données recueillie par le GPS ne pourrons pas être utilisées seules.

La technologie de “bluetooth ouvert” équipe également l’ensemble des smartphones. Elle ne permet pas de localiser l’utilisateur sur une carte, mais permet de connaître l’ensemble des smartphones à proximité et donc enregistrer avec précision la distance et la durée de l’interaction. Cette donnée est celle nécessaire. 

Ce système est celui utilisé en Corée du sud.

Les risques sont grands car des données de localisation précises ne peuvent être anonymisées.

Mettre en oeuvre un système à l’échelle de la population qui enregistre la position de l’ensemble des positions des personnes et la stocke peut inquiéter sur des atteintes potentielles aux libertés fondamentales.

Cette inquiétude est légitime car rendre anonyme des données détaillées de localisation croisées avec d’autres informations peuvent être désanonymiser facilement.

Par exemple en 1996, l’identité du gouverneur du Massachusetts William Weld qui avait été hospitalisé a été retrouvée dans un jeu de données “anonymisées” (dans lequel le nom des patients avait été enlevé) en croisant ces données avec un fichier de liste électorales acheté 20$ qu contenait les noms, sexe date de naissance et code postal des votants.

Des études ont montré qu’avec seulement 4 points de localisation, on peut identifier la personne dans 95 % des cas.

Dans un récent article une équipe du New-York Time qui s’est procuré une base de données contenant les données de localisation des téléphones de 12 millions d’américains a montré comment il est possible de remonter à l’identité des individus (en retrouvant leur adresse, leur lieu de travail, …).

Le retard de la France dans la maîtrise de la donnée est un gros handicap.

Les pays asiatiques qui ont mis en place des outils numérique pour endiguer l’épidémie (Chine, Taiwan, Corée, Singapour), se sont appuyés sur des systèmes et des infrastructures déjà en place.

Par exemple en Chine l’application qui permet d’attribuer à chaque individu une couleur en fonction de son niveau de risque (Vert / Orange / Rouge) a été mise en oeuvre par Alibaba Finance qui est est l’entreprise qui développe l’application qui attribue un score social à chaque personne.

Côté Américain, la situation est différente. Les systèmes ne sont pas au niveau des systèmes cités précédemment, mais les GAFAM peuvent être un atout fort. Les 5 entreprises, au delà de leur capacité à traiter des grandes quantités de données, ont toutes des programmes dans le domaine de la santé.

L’administration américaine leur a demandé de travailler sur le sujet. Un consortium IBM / Amazon / Google / Microsoft a été annoncé.

La France ne possède aucun de ces 2 point d’appuis. Les bases sont peu connectées entre les différents services de l’Etat et dans bien des cas le mode de fonctionnement est encore manuel (en remplissant des fichiers ou même en papier) et nous ne possédons pas de géant équivalent.

Bâtir rapidement des solutions solides est d’autant plus compliqué.

2 exemples de ce que sont ces difficultés : 

  • La façon dont le confinement est actuellement mis en oeuvre, qui a nécessité l’envoi de SMS et exige une impression d’un document papier mis en oeuvre à la hâte.
  • La difficulté pour l’Etat de fournir des données rapidement et consolidées sur l’épidémie. La DGS et l’ARS s’efforcent de fournir des données quotidiennes, mais cela est fait à une granularité insuffisante (on peut depuis peu descendre au département, mais pas en dessous) et de manière difficilement accessible).

Des pistes pour la suite

Préserver les libertés individuelles “by design”. 

Les systèmes qui seront mis en oeuvre doivent être conçus en assurant par défaut la sécurité des informations personnelles. Pour cela, il faut éviter la centralisation de données détaillées. Des solutions existent pour que l’utilisateur reste maître des données de localisation qui restent dans son téléphone.

En cas d’infection, les données de l’individus pourront être remontés et utilisées par un système central, seulement à des fins de notification des autres utilisateurs et détruites ensuite par le système central.

Des équipes de Oxford, du MIT ou encore de Suisse travaillent sur le sujet.

Mettre en place à court terme une gouvernance de ces systèmes qui soit un réel contre pouvoir au pouvoir exécutif.

Le statut d’état d’urgence ainsi que les dérogations aux RGPD annoncées par l’Europe dans le cadre de l’épidémie se comprennent car il y a urgence à agir.

L’urgence fait que le temps du débat démocratique et parlementaire ne pourra matériellement pas avoir lieu pour s’assurer de ce qui va être mis en oeuvre.

La mise en place très rapide d’un organe de contre-pouvoir nouveau qui associe élus, experts et citoyens serait très bénéfique.

Ce contre-pouvoir aurait pour rôle de :

  • juger la pertinence et la validité des solutions mises en oeuvre,
  • être le garant de la transparence de ce qui est fait (données remontées, algorithmes utilisés, …),
  • assurer que les mesures transitoires sont bien supprimées après la crise.

Une stratégie globale (pas seulement le numérique)

Ce qui est décrit ici n’est que la brique numérique. Le sujet doit être abordé dans son ensemble en prenant en compte la logistique, les tests de dépistage, …

La prise en compte des plus faibles dans cette stratégie globale sera particulièrement importante. 

Une application qui soit utile aux personnes, dont l’utilisation soit basée sur le volontariat.

Pour qu’elle soit acceptée par la population et donc utilisée, l’application qui va être mise en oeuvre ne devra pas être uniquement destinée à tracer le parcours des individus pour éviter la propagation du virus mais elle devra également être “utile” pour les utilisateurs en fournissant par exemple : 

  • des informations sur l’épidémie,
  • des conseils pour s’adapter au confinement ou au futures situations de déconfinement,
  • des fonctionnalités permettant de mieux vivre ensemble (entraide entre voisins, …).

Sur cette base, Il y a une opportunité d’utiliser la crise en cours pour orienter la transformation numérique de la société pour qu’elle soit inclusive, au service des personnes, en incluant les plus faibles.