Pourquoi les développeurs qui utilisent l'IA travaillent plus
Si l'IA sait écrire du code, alors les développeurs sont les prochains sur la liste. C'est l'évidence qu'on entend partout. Je vois pourtant l'inverse se produire, tous les jours : les développeurs qui utilisent l'IA ne travaillent pas moins. Ils travaillent plus.
Avant d'en faire une loi, soyons prudents. Sur l'emploi, l'histoire est pleine de surprises. Parfois un métier meurt : les garçons d'ascenseur ont disparu avec l'ascenseur automatique. Parfois il grandit : le tableur n'a pas tué les comptables, il les a multipliés. Pour l'IA en général, personne ne sait encore, et je me méfie des oracles.
Mais il y a un métier que je vois de l'intérieur, parce que je le pratique tous les jours : le développement logiciel. Je l'utilise pour concevoir, coder, écrire de la documentation, mais aussi pour débugger, investiguer en une heure au lieu d'une journée. Et le constat est partout le même : le temps gagné ne se transforme pas en temps libre. Il se transforme en plus de travail.
Pourquoi l'efficacité crée du travail
Parce que la demande de logiciel n'est pas un gâteau de taille fixe qu'on se partagerait. Dès qu'écrire du code devient moins cher, on en écrit davantage : on automatise ce qu'on laissait de côté, on tente des idées qu'on n'aurait pas tentées, on met du logiciel là où il n'y en avait pas.
C'est le paradoxe de Jevons, le même qui veut qu'une machine plus économe en charbon finisse par en consommer plus, parce qu'on l'utilise partout. Rendez le développeur plus efficace, et vous n'obtenez pas moins de développeurs. Vous obtenez plus de logiciel.
Ce que l'IA ne fait pas à notre place
Reste l'essentiel. Quand produire le code devient presque gratuit, qu'est-ce qui prend de la valeur ?
Comprendre le vrai besoin. Choisir la bonne architecture.
Ces deux-là, l'IA ne les fait pas à notre place. Elle connaît tout du code en général, et rien de notre problème en particulier : notre contexte, nos contraintes, ce que veut vraiment l'utilisateur derrière une demande mal formulée. Décider quoi construire, et comment l'organiser pour que ça tienne dans dix ans, ça reste un travail. Le vrai.
Conclusion
Le métier change de forme. Son centre de gravité, lui, ne bouge pas, il monte même d'un cran : moins de temps à écrire les lignes, plus de temps à décider lesquelles méritent d'exister.
Le tableur n'a pas tué les comptables. Je fais le pari que l'IA ne tuera pas les développeurs : elle multipliera ceux qui savent ce qu'ils veulent construire. Pas parce que c'est une loi de l'histoire, mais parce que le besoin de logiciel est sans fond, et que le vrai travail, comprendre et décider, ne s'automatise pas.